Musée Lapidaire
Adresse: 27, rue de la République
Tél. + 33 (0)4 90 85 75 38
Fax + 33 (0)4 90 14 62 45
Email: musee.calvet@mairie-avignon.com
Horaires : Ouvert tous les jours sauf mardi de 10h à 13h et de 14h à 18h. Du 1 er juin au 30 septembre le musée est ouvert sans interruption de 10h à 18h
Prix: Tarif plein = 2 euros. Tarif réduit = 1 euros
La chapelle du Collège des Jésuites avait été conçue, à l'origine, pour présenter les sculptures médiévales et gallo-romaines du musée Calvet. Depuis une dizaine d'années, ces espaces se sont ouverts aux autres collections antiques du musée : égyptiennes, grecques et étrusques. Ces aménagements préfigurent le visage des futures salles d'archéologie au musée Calvet.
Ce superbe témoignage d'architecture baroque, situé en plein cœur d'Avignon, n'est pas l'oeuvre d'un seul architecte comme en témoignent les recherches récentes de l'historien Alain Breton. Etienne Martellange (1568 ou1569-1641) conçut les plans de l'église et en commença la construction en 1620. Huit ans après, l'architecte avignonnais François de Royers de la Valfenière reprit le chantier et le mena à terme.
L'édifice présente un plan d'une grande sobriété, composé d'une nef unique, précédé d'un narthex et aboutissant au chœur -constitué d'une courte travée et d'une abside pentagonale ", bordée de deux sacristies. Dans ces dernières se trouve le rez-de-chaussée des tours ayant servi respectivement de clocher et d'abri pour une horloge. La nef est flanquée de part et d'autre de cinq travées trouées d'arcades et dominées par des tribunes à balustres. Au-dessus des tribunes se superposent une frise à décor végétal, une corniche et l'attique.
De grandes fenêtres, actuellement murées d'un côté et autrefois pourvues de vitraux, dont la réalisation avait été confiée au verrier nîmois F. Commeaux, surmontaient l'ensemble. A l'entrée de la nef prennent place deux tours d'escaliers accédant aux tribunes latérales ainsi qu'à la vaste tribune centrale à balustres, édifiée en 1660 seulement. La décoration architecturale, due pour l'essentiel au sculpteur avignonnais, Reynau Barbeau, fait largement appel à toute la richesse plastique du répertoire végétal : palmettes, feuilles d'acanthe, guirlandes, rosaces.
L'exubérance savamment maîtrisée du décor, sa distribution harmonieuse dans la partie supérieure de la bâtisse, exaltent la souveraine élégance des voûtes d'arête surplombant la nef, tandis que, dans le chœur, le jeu vigoureux des lignes de la voûte en plein cintre terminée par un cul de four pentagonal, constitue comme un appel irrésistible à l'infini.
L'ensemble frappe encore par sa majesté, bien que le bâtiment ait subi de nombreuses modifications et dégradations comme en témoigne la configuration actuelle du chœur. En effet, à la fin du XVIIe s. un monumental maître-autel de plâtre occupait tout cet espace. Ce portique de proportions gigantesques, qui ne comportait pas moins de dix colonnes, seize pilastres, un attique, et faisait tout le tour de l'abside, fut créé par Jean Péru, architecte et sculpteur avignonnais. Le même Péru élabora la gloire de plâtre prenant place à la base de la voûte absidale. C'est également à cette époque que la niche, autrefois pourvue d'une baie vitrée et aménagée sur le mur du fond de l'abside, fut réalisée.
Dans la première moitié du XIXe s., la transformation du collège en caserne et de la chapelle en cuisines, buanderie et réfectoire entraîna la ruine du chœur, la disparition totale du retable et la destruction partielle de la gloire de Péru. Lorsqu'en 1851, l'église fut de nouveau affectée au culte, des travaux importants intervinrent à l'intérieur du chœur : installation d'un autel, d'un appui de communion, restauration de la gloire de Péru.
A la même époque, des boiseries de chêne sombre dissimulant la base des pilastres recouvrirent en partie les murs, rompant quelque peu la force de l'ordonnance primitive. De même, le bel autel de bois doré ornant la grande tribune à l'entrée de la nef, ne faisait point partie du décor originel mais provient de la chapelle d'une commune vauclusienne (Le Thor). Dans les deux premières décennies du XXe s., la chapelle connut de multiples vicissitudes et servit, par exemple, de lieu d'exposition d'un avion, de foire apicole. La décision d'installer en ses murs un Musée lapidaire vint rompre fort opportunément avec des solutions parfois extravagantes et peu adaptées à la noblesse de l'édifice.
La galerie Archéologique
Depuis 1933, la chapelle du Collège des Jésuites accueille les collections archéologiques du musée Calvet. D'abord exclusivement réservé aux sculptures gallo-romaines et médiévales, le bâtiment offre à présent une présentation rajeunie et diversifiée des collections égyptiennes, étrusques, grecques et romaines du musée Calvet.
Au centre de l'édifice, la nef accueille dans la partie droite une sélection d'œuvres égyptiennes (paroi de tombe, stèles funéraires, tables d'offrande, statues honorifiques et votives), ainsi que des objets en rapport avec le culte des morts (vases canopes, coffret à ouchebtis et ouchebtis, vases à parfum et à galène,tabouret, amulettes, petits bronzes). La pièce la plus rare désigne une tête de vizir en basalte qui date du Moyen Empire. Cette œuvre, consacrée au plus haut fonctionnaire de l'administration pharaonique, faisait partie du cabinet de curiosités d'Esprit Calvet (1728-1810).
Les tables disposées dans la partie gauche de la nef regroupent des vases grecs illustrant la diversité des productions (attiques, corinthiennes et italiotes) et des techniques (vases à figurines noires et rouges). Les formes complexes mêlent des vases pour le service du vin (cratères, coupes, skyphoi), le transport des liquides (amphores, hydries pélikai) et la toilette (lécythes à parfum, pyxides). Certains vases de grandes dimensions comme le barrel-amphora apulienne du " Peintre de Baltimore " étaient en revanche spécifiquement fabriqués pour la tombe, et leur fonction demeure exclusivement funéraire. Des terres cuites grecques complètent cet aperçu de la civilisation héllénique à l'époque classique.
Plusieurs tables rassemblent un échantillonnage représentatif des collections gallo-romaines : statuettes et vaisselle de bronze, lampes de terre cuite, verreries, objets d'os, d'ivoire et de pâte de verre, bijoux d'or. Beaucoup de ces pièces sont le fruit de fouilles réalisées dans le Vaucluse (Vaison, Apt, Orange) au XIXème siècle, sous l'égide de la Fondation Calvet.
Le matériel retrouvé à l'occasion de ces campagnes provenait pour la plupart de tombes comme les pyxides gigognes d'os et les bagues en or. Parmi les objets de bronze, certains renvoient à la vie quotidienne comme la lampe à trois becs du " Trésor d'Apt " la serrure d'un coffret de Vaison la Romaine, mais aussi au panthéon gallo-romain. La statuette du grand dieu gaulois Dispater, coiffé d'une peau de loup, celle d'Esculape, dieu de la médecine, portent témoignage de la virtuosité des bronziers à l'époque impériale.
Les cinq chapelles de droite sont réservées aux sculptures de la Gaule romaine : inscriptions funéraires, honorifiques et votives, statues en ronde-bosse, portraits publics et privés. Dans la première chapelle de droite, figure la célèbre Tarasque de Noves, monstre androphage dont la fonction demeure énigmatique et qui ne connaît pas d'équivalents dans le monde gallo-romain. Devant les piliers, de part et d'autre de la nef, sont présentées des œuvres en ronde-bosse. A gauche, se détachent deux statues de guerriers gaulois. Celle de Mondragon montre le combattant vêtu à l'indigène (sagum, bouclier gaulois) ; celle de Vachères donne à voir un guerrier doté d'un armement et d'un costume romains, mais paré du torque (bijou celtique).
Devant la troisième chapelle de gauche est présentée une des œuvres les plus significatives du musée : la scène de halage de Cabrières-d'Aigues, fragment d'un monument funéraire élevé à la mémoire d'un riche marchand de vin ou d'huile, qui offre un bon exemple du transport des marchandises dans l'Antiquité paléo-chrétiennes : inscriptions funéraires, fragments de sarcophages, table d'autel, vasque à ablutions. La sacristie de gauche est dévolue aux sculptures grecques. Stèles funéraires, reliefs votifs et honorifiques constituent un ensemble unique d'originaux grecs allant du IVe s. avant Jésus Christ au IIIee s. après J-C. Cette série comporte quelques œuvres de grande qualité comme la stèle attique de la jeune fille à la poupée. Une autre belle stèle attique classique, acquise en 1999 par la fondation Calvet, est une stèle de chasseur. Ce dernier, entouré de ses chiens de race laconienne, brandit triomphalement au bout du Lagobôlon (un bâton recourbé) sa proie : un lièvre.
Le chœur sert d'écrin à un ensemble d'urnes étrusques d'époque hellénistique en tuf, albâtre et terre cuite, qui recensent la plupart des thèmes illustrés sur ce type de matériel funéraire : épisodes mythologiques, historiques et scènes familiales. Ces urnes prenaient place dans des tombes à chambre et proviennent principalement de deux grandes cités étrusques, Volterra et Tarquinia. Une des pièces les plus remarquables de cette série fait référence à une urne d'albâtre de Volterra dont la cuve représente deux dauphins affrontés de part et d'autre d'une plante aquatique. Ces gracieux cétacés ornent souvent les parois des nécropoles étrusques et une valeur sôtériologique (qui a rapport au salut par un rédempteur) peut leur être accordée.
Les quatre premières chapelles de gauche gardent la mémoire de la présentation muséographique primitive. Ici figurent une magnifique cheminée de la Renaissance décorée d'une scène mythologique (Léda et le Cygne), des sculptures de la Renaissance (tombeaux gothiques provenant du couvent des Dominicains) et de l'époque moderne (tombeau réalisé par Gaspart de Simiane, Vierge à l'enfant de Péru).
La dernière regroupe des blocs sculptés provenant sans doute d'une porte monumentale qui prenait place sur le forum de l'Avignon antique dont l'emplacement se situe sur l'actuelle place de l'Horloge.
On remarquera également plusieurs statues en ronde-bosse dont une très intéressante copie grecque d'une création de Praxitèle (Apollon Sauroctone) et une statue de femme drapée d'époque hellénistique. Cette dernière est l'une des rares œuvres originales grecques présentés dans un musée de province.