Porte des Allemands
De tous les châteaux qui défendaient les portes de la place de METZ, celui de la porte des Allemands est le seul qui n'ait pas été démoli.
Pour quelle raison Vauban tout d'abord, puis Cormontaigne par la suite, jugèrent-ils bon de conserver ce vieux monument et de l'englober dans les nouveaux ouvrages de fortifications prévus par eux sur le front oriental de la Ville ?
Sans doute s'accordèrent-ils à penser que ce monument historique ne les gênait pas et qu'au contraire par sa valeur et par sa conception défensive, il répondait encore bien au rôle qui lui était dévolu. Peut-être voulurent-ils aussi laisser un témoin important d'une architecture militaire des XV et XVIe siècles.
Située au débouché de l'antique voie qui quitte METZ pour Mayence, la porte des Allemands qui a pris son nom vraisemblablement de la présence dans le voisinage d'une importante résidence avec hôpital des Chevaliers Teutoniques, appelés aussi les "Freires de l'ôpital des Allemans de Mes", a été élevée vers 1230. Elle occupe une position stratégique de première importance sur le front oriental de la défense messine. Son éperon, à cheval sur la Seille, domine la ligne d'enceinte sur près de 1 200 m, depuis la porte Mazelle, jusqu'à la porte Sainte-Barbe.
C'est un véritable château-fort qui suffit à sa propre défense. Le cadre, depuis 7 siècles, a bien changé. Chaque époque a marqué son passage par des suppressions ou des adjonctions, répondant aux besoins du temps. Lentement, n'ayant plus le même rôle particulier à jouer, la porte devait s'incorporer, se fondre dans un système général de fortification dans la masse des remparts. Mais de l'imposante silhouette du XVe siècle, il reste par chance l'essentiel.
C'est sous l'impulsion de l'Académie de METZ, en 1857, que la porte devait triompher des outrages du temps, grâce à la Direction du Génie militaire, qui entreprit avec beaucoup de soins, de gros travaux de restauration en 1859-1862.
Et pourtant, la bataille pour METZ, en 1944, a failli avoir raison du vieux monument. Les tirs d'artillerie et surtout l'explosion des deux ponts devaient causer de très graves dégâts à l'ensemble de l'édifice. Heureusement, les premiers travaux de protection et un début de restauration ont été effectués dès 1946 par l'administration municipale.
Mais il est permis aujourd'hui d'entrevoir une véritable résurrection de cet important ouvrage fortifié. Le Gouvernement, par le Service des Monuments Historiques, l'avait compris en classant la porte par arrêté du 3 décembre 1966, pour redonner vie à ce dernier vestige de l'architecture militaire messine qui est, certainement, le seul spécimen de ce genre en France.